segunda-feira, 11 de maio de 2009
O Inexplicável
terça-feira, 5 de maio de 2009
A Montanha, Prestes a Parir o seu Rato
"De fait, nous sommes en situation de pandémie"
Le cap symbolique du millier de cas confirmés de grippe A (H1N1) a été franchi au niveau mondial. C'est peu pour une épidémie qui a fait jusqu'ici 27 morts, dont 26 au Mexique. Le spectre d'une pandémie continue cependant de planer. La directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé, Margaret Chan, s'est employée à dédramatiser cette perspective en déclarant, dans une interview publiée lundi 4 mai par le quotidien espagnol El Pais : "Le niveau 6 (de la pandémie) ne serait pas la fin du monde."
Quels sont les scénarios possibles pour cette épidémie ? Pour y répondre, Le Monde s'est entretenu avec le professeur Antoine Flahault, spécialiste de l'épidémiologie des maladies transmissibles et directeur de l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), à Rennes. Il est coauteur, avec Patrick Zylberman, du livreDes épidémies et des hommes (éd. de La Martinière, 2008).
-L'évolution vers une nouvelle pandémie grippale est-elle inéluctable ?
De fait, nous sommes en situation de pandémie. Tous les ingrédients sont déjà présents. Un virus grippal, nouveau du point de vue génétique et de ses propriétés immunologiques, se transmet de personne à personne et circule à travers le monde. L'épidémie n'est pas restée confinée dans le pays où elle a émergé et s'est diffusée via les connexions aériennes.
-La menace d'une pandémie avait été évoquée à propos du virus H5N1 de la grippe aviaire. Vous faites partie des scientifiques qui n'y croyaient pas...
Les seules pandémies grippales que l'humanité ait connues ont été dues à des virus H1, H2 ou H3, qui se sont déjà humanisés. Des travaux scientifiques ont permis de déterminer les mutations qui auraient été nécessaires pour qu'un virus H5 s'humanise à son tour. A ce jour, elles ne se sont jamais produites. D'ailleurs, le H5N1 ne donnait pas un syndrome grippal, mais plutôt une encéphalite. C'est pourquoi les virus des sous-types H1, H2 et H3 continuent d'être de meilleurs candidats pour entraîner une pandémie.
-Quels sont les scénarios possibles aujourd'hui ?
Le premier scénario pourrait ressembler à celui du SRAS : une épidémie qui s'évanouit sans revenir. Il n'est pas à exclure. Le virus H1N1 pourrait faire une brève apparition. Pour autant, je n'y crois pas. Le SRAS, comme les épidémies dues aux virus Ebola ou Marburg ont été très "bruyantes" sur le plan clinique. Le SRAS, par exemple, donnait une pneumonie sévère, nécessitant une hospitalisation en réanimation. Il n'y avait pas de formes asymptomatiques. Le virus H1N1, en revanche, donne des formes dépourvues de symptômes, ce qui rend illusoire un contrôle étanche aux frontières.
Je qualifierais le deuxième scénario de "fantasmatique" : les mutations du virus entraîneraient des ravages dans la population. On voudrait nous faire croire à une réédition de la grippe espagnole de 1918-1920. Ce serait oublier que cette pandémie-là remonte à une époque "prémoderne" sur le plan médical : il n'y avait pas d'antibiotiques, d'antiviraux et les infrastructures sanitaires étaient loin d'être ce qu'elles sont aujourd'hui.
-Quel autre scénario vous paraîtrait plus plausible ?
Ce serait un scénario "soft", proche de ce que fut la pandémie de 1968 (la "grippe de Hongkong"), soit l'équivalent d'une grosse grippe saisonnière, touchant non plus 10 %, mais 35 % de la population, soit environ 20 millions de cas en France et un excès de mortalité de l'ordre de 20 000 à 30 000 décès. Elle serait susceptible d'entraîner une désorganisation du système de santé, de l'absentéisme et fragiliserait notre société, comme pourrait le faire un ouragan puissant. Une telle situation dans les pays développés pourrait coexister avec un scénario plus proche de la pandémie de 1918 dans les pays pauvres. Reste à savoir si l'existence d'une telle "chimère", au sens médical, deviendrait intolérable, contrairement aux épidémies qui demeurent invisibles pour notre opinion publique, par exemple, l'épidémie actuelle de méningite au Nigeria ?
-Peut-on imaginer le scénario d'une "deuxième vague" épidémique avec le même virus H1N1 ?
Quand ils se font rares dans l'hémisphère Nord au moment de l'été, les virus grippaux prolifèrent en zone tropicale avant de revenir en novembre ou en décembre dans nos contrées.
-Le recours aux médicaments comme le Tamiflu peut-il changer le cours des choses ?
L'utilisation à grande échelle de ce médicament, dont l'efficacité est modérée, ne vise pas un bénéfice individuel et une réduction de la mortalité - nous n'avons aucune étude le prouvant. Il sert à diminuer la pression virale et à limiter l'impact de l'épidémie sur l'organisation de la société. Une question importante est celle de l'apparition possible de résistances au Tamiflu. La logique voudrait, comme souvent avec les maladies virales, que l'on utilise une bithérapie. Avec le professeur Catherine Leport (hôpital Bichat, Paris), nous avions lancé la seule étude évaluant l'efficacité de la combinaison Tamiflu-Relenza. Nous devrions avoir des résultats dans trois mois.
Alarmisme ?
A-t-on exagéré le danger du nouveau virus grippal, d'origine porcine, apparu au Mexique et qui a semblé menacer la planète entière depuis le 24 avril ? Les autorités sanitaires, mondiales et nationales - et les médias -, en ont-ils "trop fait" ? A trop alerter, n'a-t-on pas inutilement alarmé ?
Dix jours après le branle-bas de combat déclenché par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) contre ce virus inédit, la question se pose inévitablement. Si le cap du millier de cas confirmés a été franchi le 4 mai, 25 seulement ont été mortels au Mexique et un aux Etats-Unis. Si une vingtaine de pays sont touchés, c'est pour la plupart de façon marginale. Si l'OMS est rapidement passée du niveau 3 au niveau 5 (sur une échelle de 6) de son système d'alerte, la pandémie reste"potentielle", selon les termes de la Commissaire européenne à la santé. Enfin, cette grippe ne semble pas plus dangereuse que les épidémies annuelles classiques.
La question est donc celle du bon dosage de l'information et de l'alerte devant une menace incertaine. Dans les sociétés développées, l'instauration du principe de précaution, quasi constitutionnalisé en France, a nourri une sensibilité voire une anxiété disproportionnées dans les opinions publiques et, en retour, une hyper-réactivité des autorités publiques, inquiètes de se voir reprocher d'éventuelles négligences. Inutile d'aviver ces fantasmes, sauf à perdre en crédibilité.
Il est tout aussi nécessaire de n'occulter aucune des menaces sanitaires qui pèsent sur la planète : la vigilance nécessaire sur tel ou tel virus grippal ne doit pas faire oublier que la crise économique est un redoutable accélérateur de mortalité de masse dans les pays pauvres - tout particulièrement en Afrique. Les cas, là, ne se comptent pas en unités, mais en centaines de milliers de victimes possibles, notamment chez les enfants.
